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Qui suis-je
Il y a très peu d’hommes
12 décembre
Mon mari s’ennuie
Le passant
La cartouche
L’amuseur
Brise-glaces
Les chômeurs
Nous sommes arrivés
Maman Téton
Bonne vieille Terre
À Félix

 

 

Qui suis-je…

Sur la plus haute branche de la liberté
Tout l’été j’ai chanté
M’entendez-vous beaucoup ?
Vous ne m’entendez guère !
Qui suis-je… 

Sans  "boeing"  pour les propulser
Mes notes s’envolent à l’aurore
Peut-être dormez-vous encore …
La radio est-elle en vacances ?
Je chante... quelle extravagance !
Pour l’écolier de Port Menier
La petite vieille de l’Île-aux-Grues
Qui dit que je n’existe plus ? Là !

Sur la plus haute branche de la liberté
Tout l’automne j’ai chanté
M’entendez-vous beaucoup ?
Vous ne m’entendez guère !
Où suis-je… 

Je chante... juste avec le cœur
Et je navigue en solitude
Joli métier tant d’inquiétudes…
Tout un amour quand on y pense
Je chante... quelle délivrance!
C’est au palmarès des oiseaux
Que j’accumule les mérites
Crésus ! qu’il est haut le Zénith !  Wow !

Sur la plus haute branche de la liberté
Tout l’hiver j’ai chanté
M’entendez-vous beaucoup ?
Vous ne m’entendez guère !
Qu’y puis-je…

Que tourne cent fois ma chanson
Vous me trouverez du génie
J’y mets toutes mes économies
Le bonheur vaut bien la dépense
Je chante... quelle imprévoyance !
Mais ça se dit les larmes aux yeux
Elles ne sont pas riches au printemps
Les p’tites cigales du bon Dieu Aïe !

Sur la plus haute branche de la liberté
À l’année j’ai chanté
M’entendez-vous beaucoup ?
Vous ne m’entendez guère !
Qui suis-je…

Paroles et musique: Monique Miville-Deschênes
Socan


Il y a très peu d’hommes

Il y a très peu d’hommes
Un par génération
Mais les mâles foisonnent
Les machos sont légions
Les gais des alentours
Ne nous font pas la cour
Dans le tas mes amies
Cherchons notre compagnie
Rêvons ! Rêvons ! Rêvons !
À qui donner le bras
De qui prendre le pas
C’est un vrai coup de chance
Que d’entrer dans leur danse
Choisir est une audace
On a les yeux bandés
On a le cœur en place
L’amour va commencer…oh ! oh ! oh !
On a le cœur en place
L’amour va commencer hé !
Oh ! oh ! oh ! oh ! oh ! oh ! oh ! oh !oh ! oh !

Celui-là plie au vent
En parlant de tendresse
Et l’autre cogne autant
Qu’une brute en détresse
C’est leur virilité
Que d’être durs à cuire
Ils pensent nous séduire
Quand il faut nous nous aimer
Rêvons ! Rêvons ! Rêvons !
On a parfois rêvé
D’être un jour enlevées
Tout est dans la manière
Les gars savent plus le faire
Même si on grimace
Ils préfèrent le hockey
Le cœur est sur la glace
L’amour va s’ennuyer…oh ! oh ! oh !
Le cœur est sur la glace
L’amour va s’ennuyer hé !
Oh la la la la la la la la la !

Il y a très peu d’hommes
Un par génération
Mais les mâles foisonnent
Les machos sont légions
Le bruit de vos canons
Vous donne des frissons
Vos femmes ont des faveurs
Qu’les Martiens vous prendront…
Rêvons ! Rêvons ! Rêvons !
Un Traité sur l’Amour
Vous ferait grand bienfait
Lisez-le donc chaque jour
Et puis revenez après !
Dans le lit votre place
Sera dûment gardée…
Le cœur est un espace
Qu’il faut bien habiter…oh ! oh ! oh !
Le cœur est un espace
Qu’il faut bien habiter hé !
Ouais ! ouais ! ouais ! ouais ! ouais ! ouais ! ouais ! ouais ! ouais ! ouais !
Rêvons ! rêvons! rêvons !
Toudoum toudoum toudoum toudoum Han ! Han !
Rêvons ! Rêvons ! Rêvons !…
Rêvons…

Paroles et musique: Monique Miville-Deschênes
Socan

 


 

 

12 décembre

Les grands nuages vers le sud disent la neige
On a parlé de tempête avant le soir
C’est chaque année le retour de la saison dure
Pour les amours
Mon amour

Et quel chemin prendra ce soir celui qui marche
D’habitude le vent ne l’arrête pas
Comment savoir quand l’hiver met un homme à terre
Avances-tu
Mon amour…

C’est une rage dans le temps la maison tremble
Seigneur ! qu’il ne tombe pas en chemin
Si j’y croyais j’allumerais un cierge béni
Arrive-moi
Mon amour

Je ne laisse pas le chien dehors c’est trop terrible
On dit que toutes les routes ont disparu
Malheureuse la femme inquiéteuse du sort
D’un voyageur
Son amour

Des pas..des pas…des pas…des pas…
Dans l’escalier…
Merci encore une fois la vie !

Paroles et musique: Monique Miville-Deschênes
Socan



Mon mari s’ennuie

Ah ! comme mon mari s’ennuie
Les pieds sur les bras d’la galerie
Sait plus quoi faire de ses journées
Attend l’hiver attend l’été
Va faire un tour chez les voisins
Cause et recause des mêmes choses
Se fâche un peu serre les poings
Secoue sa pipe — secoue, secoue, secoue —
Et se repose

Mais à qui dire nos paroles
Mais à qui parler de nos vies !

Les pieds sur les bras d’la galerie
Mon homme regarde couler l’eau
Le fleuve qui passe par ici
N’a plus rien de bon ni de beau
C’est pas créable là sous nos yeux
La mort ballote à pleine marée
Nos pêches à anguilles pis nos verveux
On va les tendre — c’est triste d’y penser —
Dans les musées

Mais à qui dire nos paroles
Mais à qui parler de nos vies

Ah ! comme mon mari s’ennuie
Sait plus quoi faire de ses dix doigts
De ses mains faites jour et nuit
À l’eau salée au vent d’nordet
Avec une belle force comme il a
Y en a donc donc halé du poisson
Maintenant tout ce qu’il a sur les bras
C’est de faire chaque jour — allons ! allons ! allons !


Mes commissions

Mais à qui dire nos paroles
Mais à qui parler de nos vies !

C’est pareil pour les gens d’en haut
Ceux de l’eau douce et des rivières
Pareil pour la pêche à Thibault
Lac Saint-François et Lac Saint-Pierre
Qu’est-ce qu’y nous reste à travailler ?
On a perdu les beaux courants
Faut-y souvent se demander
Si on va rester — battus ! battus ! battus ! —
Battus des vents

Mais à qui dire nos paroles
Mais à qui parler de nos vies !

Y a dix mille maris qui s’ennuient
Les pieds sur les bras des galeries
Y a tout un peuple au bord de l’eau
Qui fume et qui dit pas un mot
J’ai peur que ça tourne au mauvais
Quand ces hommes-là lèveront la tête
Et qu’in matin de p’tit suroît
Tout ça finisse — attends ! attends ! attends ! —
Par la tempête

Mais à qui dire nos paroles
Mais à qui parler de nos vies

Paroles et musique: Monique Miville-Deschênes
Socan



 

 

 

 

Le passant

Elle :

La cloche au vent
Musique le soir
Elles vont souvent
Les larmes au mouchoir
Le cœur s’arrête :
Quelqu’un dans le noir…
Voici ma fête
C’est vendredi soir!

Lui :

Je suis passant un soir à ton bras
Mais qui comprendra le cœur qui s’y pend!
Le cœur qui s’y pend…
On s’aime à plein des fois on s’en veut
Va-t-elle durer la paille du feu?
La paille du feu…

Elle :

La rose au bois
Étonne le soir
Elle est avec moi
Devant le miroir
Bonheur trop court
Une heure cette nuit
J’en suis toujours
Plus morte qu’en vie

Lui 

Chemin faisant le vent me redit
Le grain de beauté qui sur toi fleurit!
Et qui me sourit!
Je pars de toi et tu viens de moi
Et tout doit renaître encore chaque fois! Encore chaque fois…

Elle :

La vie s’en va
Quel âge avons-nous?

Lui :

L’âge de tes bras
Autour de mon cou

Elle :

C’est un passant chargé de désirs
Comme un beau navire qui va au long cours
Porter son amour…porter son amour…porter son amour

Paroles et musique: Monique Miville-Deschênes
Socan



 

La cartouche

L’enfant voulait plus rien savoir
La vie pour lui une chiure de mouche
Qui l’a fait chercher dans le noir
Une cartouche

Le père est allé vérifier
L’armoire que personne ne touche
Voir si quelqu’un avait volé
Une cartouche

On a cherché tant qu’on a pu
Et retourné même les souches
L’enfant d’abord on l’a pas vu
Mais…la cartouche

On a déposé quelques fleurs
Avec des larmes plein la bouche
On a pleuré tout notre cœur
Près d’la cartouche

Paroles et musique: Monique Miville-Deschênes
Socan



Heureusement, Raymond Devos...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Heureusement, Guy Mauffette...

 

 

 

 

 

L’amuseur

Chacun s’en va à son travail
S’en va remplir son p’tit panier
De l’essentiel et de grenailles
Quelques sous mettre de côté C’est la vie!
Le soir enfin se déchausser
Chacun en a plein les bottines
De sentir toutes ses journées
Peser comme des cents de farine
Ouais…on est sur la terre mon cher!

Heureusement que la rumeur
Annonce qu’il est en chemin
Le gros bonhomme l’amuseur
Qui tient le rire dans son poing :
Une bedaine en caoutchouc
Remplie de farces à en craquer
Deux papillons sur les bajoues
Le clown est un roi déguisé

Il arrive à point l’amuseur
Au milieu de la tragédie
Qui nous vient du téléviseur
Qui donne jamais de répit C’est la vie!
Y a-t-il quelque part dans le monde
Une roche une île un petit coin
Où c’est possible dans le monde
Un jour qui se passerait bien?
Ouais…on est sur la terre mon cher!

Heureusement avant la nuit
Que sonne la récréation
L’artiste apporte l’embellie
Nous voilà tous en rémission!
Petit à petit on pèse un peu moins
On décolle enfin du plancher
Et puis tout d’un coup que mine de rien
On se mettrait à s’envoler!

Menez le monde messieurs allez!
Faites la loi et mangez tout
Battez-vous tant que vous voudrez
Puisque vous vous fichez de nous C’est la vie!
Laissez le monde dans le sang
Mettez-vous ensuite à genoux
Soyez puissants and God bless you
Écrasez l’homme écrasez tout
Ouais…on est sur la terre mon cher!

 

Heureusement avant la nuit
Un ange un fou un amuseur
Revient et laisse derrière lui
Le peuple heureux durant une heure…
Ce soir-là enfin tout chacun s’endort
D’un bon petit sommeil d’enfant
Maîtres du monde couchez donc dehors
Car vous n’êtes pas très reposant!

Chacun s’en va
À son travail…
Son p’tit panier
Et des grenailles…
Le soir enfin
Se déchausser
Une roche une île
Un petit coin
Un jour qui se
Passerait bien…
Ouais…vive l’amuseur
Sur la terre mon cher!

Paroles et musique: Monique Miville-Deschênes
Socan



 

 

 

Brise-glaces

Chanter pour l’honneur d’être en vie ce matin
Et le courage qu’on aura
À mesure que montera la journée…
Chanter pour l’honneur d’être en vie ce matin!
Sauver une paix si fragile entre nous
Toujours prête à se fracasser
La chose la plus difficile à sauver
Une paix fragile entre nous…

Aimer follement les bras chargés de fleurs
Aimer encore de tout ce cœur
Secrètement marqué de cicatrices
Aimer follement les bras chargés de fleurs!
Croire les vieux mots: l’homme est un loup pour l’homme
Ou croire le moine du Tibet :
En vérité l’homme est naturellement bon
Croire ceci…croire cela…

Vieillir pas à pas vieillir de bonne humeur
Comme un pommier donne ses pommes
Prospère un jour maigrichon cette saison
Vieillir pas à pas vieillir de bonne humeur!
Sentir le couteau qu’elle vous met dans le dos…
Quand même à cette bonne femme-là
Donner le bras pour qu’elle traverse la rue
Donner le bras…cette bonne femme-là…

Mourir tôt ou tard en laissant quelques biens
Des fois on n’laisse pas même un bœuf
À sa femme ses enfants à peine un œuf…
Mourir tôt ou tard en laissant presque rien
Pourtant en vidant l’armoire et les tiroirs :
Un violon dans son étui
Qui aidera le fils à gagner sa vie
Le violon qui aide le fils…

Trouver son enfance dans un coin du jardin
Se mettre un temps à ses genoux
Apprendre d’elle l’effroi, le pur, l’essentiel
Trouver son enfance dans un coin du jardin
Vivre c’est chercher et il fait noir longtemps…
Plié en deux et vent devant
Tout espérance fragilement
Avec la force d’un brise-glaces…

Paroles et musique: Monique Miville-Deschênes
Socan



Les chômeurs

Ce sont des chevaux
Que l’on attelle rarement
Qui n’ont plus guère le mors aux dents
Le plus souvent mis au rancart
Comme oubliés dans un placard
Les yeux tournés vers leurs sabots
Pleins de fureur et de galops

Ce sont des humains
Qui ont toujours le bois qu’il faut
Pour en bâtir quelque château
Les mains remplies d’habiletés
Leurs plus beaux rêves dorment debout
Ils regardent passer la course
Le corps et l’esprit gaspillés

Ce sont des chevaux
Ce sont des hommes ce sont des femmes
Arrêtés comme des chars en panne
Infiniment longtemps chômeurs
Le long d’une longue clôture
Honteux d’avoir la croupe épaisse
Capables de monter l’Éverest

Ils sont écoeurés
D’être des êtres pas fatigués
Tous incroyablement vivants
Et malheureux comme les pierres
Rongent leur frein boivent leur bière
Rien qui leur donne une sueur
Leur faisant dire avant la nuit :
« Voici notre petit labeur »…

Paroles et musique: Monique Miville-Deschênes
Socan

 


 

Nous sommes arrivés

Nous sommes arrivés
Un matin sur la terre
C’était toute beauté
Sur l’eau et dans les airs

J’étais là en arrière
Vous étiez tous devant
Avec armes et bannières
Les premiers conquérants
Il me restait les fleurs
Et j’apprenais le temps
Notant le jour et l’heure
De ce débarquement

Si nous avons admis
Nos races différentes
Nous avons bien compris
La difficile entente

J’ai parlé la dernière
Vous jasiez tellement :
Religions et frontières,
Me laissant mon accent
Et mes mots-cailloux-blancs
Échappés en chemin
Qui retrouvent humblement
Quelque chose d’humain

Et quelles étaient d’abord
Les meilleures couleurs
Pour la peau de nos corps
Aux froids comme aux chaleurs

Le temps nous a fait croire
Que le bon était blanc 
Oh! vieille Afrique noire
Tu payes tout le temps
Quand on tient un fusil
Que valent les couleurs?
Devant nous l’ennemi
Des fois c’est une sœur

La science nous a dit
De gérer nos penchants
De contrôler la vie
De nos gênes gênants

J’enfantai la dernière
Comme la biche au printemps
Vous avez plaint la mère
Et le sauvage enfant
Mais c’est une merveille
C’est une étrangeté
Ce petit sans pareil
Dans un monde cloné

Pour le bien et le pire
Nous avons travaillé
Et c’est terrible à dire :
Avons-nous avancé?
Nous restons des enfants
Au cœur d’un grand mystère
Qui cherchent seulement
Où est passé leur père…

Nous sommes arrivés
Un matin sur la terre
C’était toute beauté
Sur l’eau et dans les airs…

Paroles et musique: Monique Miville-Deschênes
Socan



MamantTéton

Parce qu’elle a reçu en partage
De quoi gaver une cité
Une poitrine un ermitage
Qui donne envie d’être bercé
Vous voyez comment on la nomme
Et à cela elle répond
Qu’elle est née pour aider les hommes
Qu’ils soient vieux boucs ou nourrissons

Refrain

Maman ! Maman !
La nature étant ce qu’elle est
Tous ils y viennent bon !
Mais le mal n’est pas dans la maison de Maman Téton…

Quand elle vient s’asseoir à table
Dans un geste qui va de soi
Tout naturel et confortable
Elle y dépose ses deux rois
À pleines mains ils sont le gage
D’une généreuse collation
Il n’y a pas là de truquage
Tout y est charnellement bon
Maman ! Maman !

Même le p’tit curé de Terrebonne
Va y chercher du réconfort
Lui dit : « Ma chère je me pardonne
Et le bon Dieu nous aime encore
Être avec vous ça me rassure
Prendre la soupe et le croûton
C’est aussi chaud que l’échancrure
Où je veux caler mon menton »

Maman ! Maman !
La nature étant ce qu’elle est
Tous ils y viennent bon !
Mais le mal n’est pas dans la maison de Maman Téton

C’est une joie une vraie fête
Quand elle paraît sur son balcon
Les hypocrites baissent la tête
Ajustant leur nœud papillon
Les homos qui n’aiment pas la chose
N’y voient qu’un antique bienfait
Qu’en pense Freud est-ce une psychose ?
N’était-ce pas lui qui disait :
« Maman ! Maman !

« Les hommes ont besoin d’une mère
Toujours prête à donner le sein
Voilà la condition première
À l’équilibre des gamins… »
C’est la beauté des mammifères
C’est une si vieille chanson
Mais quelle femme le peut faire
Sevrer un homme pour de bon ?

Maman ! Maman !
La nature étant ce qu’elle est
Tous y reviennent bon !
Mais le mal n’est pas dans la maison de Maman Téton
Jamais !
Non le mal n’est pas dans la maison de Maman Téton

Paroles et musique: Monique Miville-Deschênes
Socan



BONNE VIEILLE TERRE

C’est une vieille parente
Qui est riche à craquer
Elle a dans ses soupentes
De quoi nous engraisser

On vide sa sacoche
La laisse à moitié nue
C’est au plus fort la poche
La crème et le surplus

Violer la bonne dame
Ça demande du nerf
Mais elle a tant de charmes
Qu’on les prend sans manières…

Refrain :

Boum! Boum! Bing! Bang! Kyoto!
Oui les p’tits gars jouent dur
En bas de la ceinture
Avec la vieille
Avec la bonne
Avec la bonne vieille Terre…

On lui fourre dans le ventre
Des objets dégoûtants
Chez-elle on sort on entre
Comme de vieux clients

En face de la lune
La sœur de ses veillées
Il lui reste pas une
Petite virginité

Mais cette forte fille
Amochée dans son air
Garde sous sa mantille
Des candeurs de bergère

Au refrain…

Sans aucune avarice
Elle nous a offert
Ses rondeurs de nourrice
Et ses grands bras de mers

C’est loin et c’est tout proche
Et chacun sait pourquoi
Sur son petit tas de roches
L’enfant mange ses doigts

Sous les mains de chaque homme
Se mouvaient des trésors
Qu’en reste-t-il en somme
Dans nos gueules de porc?

Au refrain….

En vivant d’espérance
Vaut mieux rester prudent
Car l’animal qui pense
Est un ange inquiétant

Quand le Génie actionne
Les pétards nucléaires
Le Président informe
Que l’on prévient la guerre…

Vraiment l’Apocalypse
Ça se fait tous les jours
Chaque fois qu’on éclipse
Un fraternel amour

Tu aurais pu l’écrire
Le treizième couplet
Mais t’étais dans la mire
Des p’tits gars qui jouaient

Boum! Boum! Bing! Bang! Kyoto!
Oui les p’tits gars jouent dur
En bas de la ceinture
Avec la bonne
Avec la vieille
Avec la bonne vieille Terre…

Paroles et musique: Monique Miville-Deschênes
Socan



Au Théâtre Trois-Baudets, Paris. (1965)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enregistrant "Demain si la mer" et "Présence", Paris 1965.


À Félix

(Parlé)

Nous avons eu l’honneur
Nous avons eu la joie
De vous entendre dire :
« Ce soir attendez-moi
Je passerai chez-vous
Un peu après minuit
J’enlèverai mes souliers
Sur la pointe des pieds
Je monterai sans bruit
Y aura-t-il un lit? »

Partout dans ses vieux murs
Jusque dans sa toiture
La maisonnée heureuse
Devenait écouteuse
D’un bout de comédie
Que vous alliez nous dire
Ou d’un livre inédit
Que vous veniez d’écrire
Vous ne le saviez pas
Mais je tremblais tout bas…

Et cette place à table
En dessous de l’escalier!
Pas le plus honorable
Votre coin préféré :
La place du passant
Le banc du juif errant
Que de Bozos souvent
Sont venus l’essayer!
Mais c’était du bois franc
Gravé F.L, dedans

Comme prévu vos godasses
Font le tour des musées
Les guitares s’entassent
Toutes « authentifiées »?…
Comprenez-vous pourquoi
Se rappelant de vous
Il y a quelquefois
Une chanson de nous
Où chacun met sa voix…

(Chanté)

Plus bohémien que roi
Plus roi qu’sa Majesté
On a tout dit je crois
Et tout est mérité


Mais je n’laisse pas de fleurs
Près de votre statue
S’il est une grandeur
Que chez-vous je salue
Elle est simple et si bonne
Qu’elle vit sans couronne

Chacun rallume un feu
Pour se parler de vous
On s’ennuie comme on peut
Quand on aime beaucoup.
Tandis qu’on vous dédie
Nos oeuvres admiratrices
Dans la lune à minuit
Une ombre se déplie :
C’est un Pierrot qui rit
En se tapant la cuisse!

En regardant mûrir
Les fruits de ce pays
Je vous demande ici
Si vous pouvez nous dire
Où est notre alouette
De la sainte colère
Quel sorcier la fait taire
Où est notre alouette?
Les fruits sont plutôt verts
Dans les vergers du nord…

Il vente de tous bords
On reste là plantés
Comme nos bœufs musqués
Les toqués du Grand Nord
On reste là plantés
Plus peureux que trop forts
Vous écoutant chanter
Les mots de liberté
Aussi beaux qu’une aurore
Qu’on regarde monter…

Dans les vergers du nord
L’alouette se tait
À l’heure comme l’aurore
Elle va pourtant chanter!

Paroles et musique: Monique Miville-Deschênes
Socan